Journal · Décryptage

Verisure passe avant Lupin, avec un film fait par IA

Publié le 26 octobre 2026 · 6 min de lecture · Par Jéruel Isimat-Mirin

Le 23 octobre, Netflix a mis en ligne d’un coup les huit épisodes de la partie 4 de Lupin. Juste avant, les abonnés tombent sur 30 secondes de Verisure : deux cambrioleurs repèrent une maison, voient la plaque, et repartent. Le film est signé Versus, qui se présente comme l’agence « 100 % IA » du groupe Heroiks. Chez Blind Studio, studio de création en Guadeloupe qui se sert aussi de l’IA pour ses campagnes, on regarde ce que ce spot fait bien, et la question qu’il pose à toutes les marques : faut-il dire qu’une image est générée ?

Gros plan sur un homme brun, mal rasé, une oreillette noire à l’oreille, le regard figé, dans une lumière de crépuscule bleutée
Un des cambrioleurs du film Verisure, au moment où il aperçoit la plaque · Image : Verisure, Versus

Trente secondes collées à la série

Le dispositif est simple. Le spot passe sur Netflix, juste avant les épisodes, au moment où le public s’apprête à suivre un gentleman cambrioleur. Verisure raconte l’inverse : des voleurs bien préparés, qui renoncent. Le directeur marketing de Verisure en France, Jérôme Gorges, résume l’idée d’une phrase : « la meilleure intrusion est celle qui n’a pas lieu ».

Le film met en avant la Garantie Anti-Cambriolage de la marque. Le plan média est tenu par Heroiks. Les articles parus entre le 24 et le 25 octobre ne donnent ni réalisateur ni casting, et pour cause : il n’y a pas eu de tournage au sens habituel.

La bande-annonce de la partie 4 de Lupin, publiée par Netflix France le 14 septembre 2026, la série que le spot Verisure précède · Voir sur YouTube

Ce que le spot réussit

L’idée, c’est le placement. Diffusé dans une coupure de télé classique, ce même film serait une pub d’alarme parmi d’autres. Collé à Lupin, il devient une réponse à la série, et le spectateur fait le lien tout seul. Le média porte la moitié du message.

On peut faire une hypothèse sur le rôle de l’IA. Une sortie de série tombe à une date fixe, annoncée quelques semaines avant. Produire un film en génération, sans repérages ni plateau, aide à tenir ce genre de calendrier serré. Les articles ne disent pas combien de temps la production a pris.

Un visage que personne n’a joué

Regardez l’image en haut de cette page. Un homme, une oreillette, de la barbe de trois jours, une lumière de fin de journée. Rien ne dit au premier coup d’œil que ce visage n’appartient à personne. Et aucun des articles parus ne précise si le film porte une mention « image générée ».

Depuis le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’IA (l’AI Act) demande à celui qui diffuse une image ou une vidéo générée, et qui pourrait passer pour vraie, de le signaler. Pour une œuvre manifestement artistique ou de fiction, le texte allège la règle : il suffit d’indiquer l’existence du contenu généré, d’une manière qui ne gêne pas la vision de l’œuvre. Une pub de fiction avec des acteurs photoréalistes entre sans doute dans ce cas, mais c’est notre lecture, pas un avis juridique.

Le public regarde qui a fait l’image

La question n’est pas que légale. Au printemps, la marque de brosses à dents Quip a sorti une pub tournée pour de vrai, et une partie du public l’a prise pour de l’IA. Modern Retail a raconté l’histoire sous le titre « Quip’s latest ad wasn’t AI-generated. People were convinced it was ». Aerie, de son côté, s’est engagée à ne jamais montrer de corps ni de personnes générés.

On est donc entre deux soupçons. Une image générée qu’on ne signale pas peut se faire épingler. Une vraie photo trop lisse peut passer pour générée. Intermarché a pris l’autre route avec son loup peint à la main, dont nous parlions dans l’article sur la peluche.

Et pour une marque d’ici ?

En Guadeloupe, le public reconnaît une rue, une plage, un accent. Une scène générée qui ressemble presque à Pointe-à-Pitre se repère tout de suite, et elle se commente. Dans notre relevé du 25 octobre, sur 89 publicités Facebook actives qui citent la Guadeloupe, aucune ne portait le marqueur « contenu IA » de Meta. Une marque qui l’affiche honnêtement n’aura pas l’air en retard, plutôt l’air franche.

L’IA garde sa place ailleurs : un storyboard, une maquette pour convaincre un client, une image qu’on sait irréelle et qu’on assume comme telle.

À faire cette semaine

Reprenez votre dernière publicité faite avec une image générée et montrez-la, sans rien dire, à une personne qui ne travaille pas avec vous. Si elle la prend pour une vraie photo, ajoutez une petite mention « image générée » dans la légende et cochez la case IA de la plateforme avant de la relancer.

Et chez Blind Studio ?

Nous utilisons l’IA, et nous disons où. Pour la série Made in Guadeloupe, vingt paysages de l’archipel ont été retravaillés avec l’IA à partir de vraies photos : le lieu reste vrai, seul le regard change, et la série le dit. Nous avons aussi lu de près l’étude HEC sur l’IA et l’embauche des jeunes. Envoyez-nous un visuel généré avant de le diffuser : nous vous disons s’il peut passer pour une vraie photo et quelle mention poser. Écrivez-nous.

Sources