Journal · Décryptage

Le loup d’Intermarché devient une peluche : ce que vaut un personnage fait main

Publié le 25 octobre 2026 · 5 min de lecture · Par Jéruel Isimat-Mirin

Le 8 octobre, sur RTL, Thierry Cotillard a annoncé la sortie de 700 000 peluches du loup d’Intermarché pour la fin novembre. Le président des Mousquetaires a ajouté une phrase qu’on entend rarement dans la bouche d’un patron de la distribution : « J’ai peur qu’on soit en pénurie. » Un personnage né dans un film de Noël passe donc de l’écran au rayon jouets. Nous sommes Blind Studio, un studio de création en Guadeloupe. Cette histoire sert aussi à une boulangerie ou à un restaurant : un personnage bien dessiné vit plus longtemps qu’une pub. Et le geste à faire cette semaine tient dans votre téléphone : photographier vos mains au travail.

Un conte de deux minutes trente

Rappel des faits. En décembre 2025, Intermarché diffuse « Le Mal-Aimé », un film d’animation de deux minutes trente. Un loup, fui par les autres animaux à cause de ce qu’il mange, se met aux légumes et aux champignons. À Noël, tout le monde partage son repas. La phrase de fin tient en une ligne : « On a tous une bonne raison de commencer à mieux manger. »

Le film est signé par l’agence Romance et fabriqué par Illogic Studios, à Montpellier. Selon INfluencia, il a demandé environ un an de travail et mobilisé 60 à 70 personnes. L’enseigne et le studio ont confirmé qu’il avait été réalisé sans intelligence artificielle. Le reste appartient à l’histoire de la publicité française : plus d’un milliard de vues en ligne selon 20 Minutes, cité par INfluencia, et le grand prix Création et Marques du Multi Screen Grand Prix, le 13 avril 2026.

« Le Mal-Aimé », le film publié par l’agence Romance · Voir sur YouTube

De l’écran au rayon jouets

En janvier, Intermarché a fait du loup sa mascotte officielle. La peluche en est la suite logique. Voici ce qu’a annoncé le groupe le 8 octobre, d’après Paris Match Belgique.

  • 700 000 exemplaires, en vente à partir de fin novembre 2026.
  • Un prix de 19,90 €, dont 1 € reversé à l’association « Tout le monde contre le cancer ».
  • Une fabrication confiée à deux PME françaises, avec une partie de la matière venue d’un sous-traitant asiatique.

Thierry Cotillard l’a dit lui-même : « On aurait voulu des millions mais la capacité de production n’était pas là. » Cette rareté vient des machines, pas d’un plan marketing. Elle fera quand même son effet en décembre, quand des parents chercheront la dernière peluche en magasin.

Pourquoi un personnage dure plus qu’une campagne

Une campagne vit quelques semaines. Un personnage, s’il est bien dessiné, peut vivre des années. Il revient d’un film à l’autre, il passe sur un emballage, il devient un objet qu’on offre. Le loup a franchi toutes ces étapes en moins d’un an.

Il y a une raison simple. Le public ne s’est pas attaché à un message sur l’alimentation. Il s’est attaché à un loup triste qui veut être accepté. Le slogan arrive à la fin, presque en passant. C’est le caractère du personnage qui porte tout, et c’est lui qu’on a envie de garder sur un lit d’enfant.

Tout ça n’est pas réservé aux grandes enseignes. Une boulangerie, un restaurant, un club de quartier peuvent avoir leur personnage : un dessin, un nom, un caractère, qui revient sur la vitrine, le sac, la carte de fidélité. Ce qui compte, c’est qu’il ait une histoire à lui, et qu’on le reconnaisse d’un support à l’autre.

Il faut aussi regarder les limites. Reporterre a rappelé que l’enseigne vend beaucoup de produits ultratransformés, ce qui nuance le message du film. Un personnage attachant ne règle pas une contradiction de fond, il la rend plus visible quand on la pointe.

Le fait main, nouvel argument

Ce qui a circulé avec le film, c’est aussi la manière dont il a été fait. Un an de travail, des dizaines de personnes, aucune image générée. Pendant que les visuels produits par l’IA se multiplient, le temps passé redevient une information que le public a envie de connaître.

D’autres signaux vont dans ce sens. Le rapport de tendances 2026 de Canva, publié en janvier, relève des recherches en hausse de 527 % pour l’esthétique brute, dite « lo-fi », et de 90 % pour les éléments façon bricolage et collage. En septembre, la brève d’un site tech racontait des commerces devenus viraux avec des pancartes en carton écrites au feutre, « garantie 100 % sans IA ». On peut sourire du procédé. Il dit quand même quelque chose : la main qui se voit rassure.

Notre lecture, et c’est une hypothèse : le fait main ne remplacera pas l’IA dans les studios. Il va devenir une preuve qu’on montre, comme on montre l’origine d’un produit. Montrer les coulisses, les croquis, les gestes, le temps passé, ce n’est plus un bonus. C’est une partie de l’idée.

À faire cette semaine

Choisissez un geste de votre métier que personne ne voit : le pétrissage, la retouche d’un ourlet, le croquis avant le logo. Photographiez-le de près, avec vos mains dans le cadre, et publiez-le sans filtre avec une phrase qui dit combien de temps il vous prend.

Et chez Blind Studio ?

Nous dessinons beaucoup à la main avant de passer à l’écran. Fougue et Trait, nos deux polices, sont nées d’un lettrage au pinceau tracé en Guadeloupe, avant d’être réglées lettre par lettre. Nous regardons aussi comment Apple filme la maison dans ses films « Welcome Home ». Pour dessiner le personnage de votre marque, ou filmer les gestes de votre métier, écrivez-nous.

Sources